Fairy Tales for a Fairer World

Contes de fées pour un monde meilleur - Cuentos de Hadas para un mundo más justo

In the Storybook, classic characters take on new adventures in the setting of traditional fairy tales from around the world, whilehighlighting issues such as climate change, epidemics, displacement, and inequality


Chap-6_Caleuche.png

De l’autre côté du monde, sur l’Île des Mouettes, vivait Millalobo, le Roi de la mer. Il avait le bas du corps d’un lion de mer, le torse d’un homme et une tête mi-humaine, mi-poisson. Il régnait sur toutes les créatures marines. Sa femme, la Reine de la mer, s’appelait Huenchula. Elle était mi-humaine, mi-hippocampe car son père était un robuste bûcheron et sa mère une gracieuse licorne.

Huenchula et Millalobo s’étaient rencontrés sur l’Île des Mouettes. Huenchula était allée chercher de l’eau au puits. En se penchant pour admirer son reflet à la surface de l’eau, elle aperçut le visage de Millalobo qui l’observait.
Ce fut le coup de foudre. Ils tombèrent fous amoureux l’un de l’autre, et ils se marièrent peu de temps après.

Huenchula alla vivre avec Millalobo au fond de la mer, mais elle rendait souvent visite à ses parents sur la terre ferme. Millalobo et Huenchula eurent trois beaux enfants : Pincoy, un triton, et deux princesses, Pincoya et Sirena, des sirènes.

Huenchula, quant à elle, avait une grande affection pour l’Île des Mouettes, où elle était née et où elle avait grandi. Ses parents avaient été les premiers à emménager sur l’île après la grande inondation. En effet, bien des années auparavant, l’île avait été envahie par les eaux montantes, et tous ses habitants avaient péri noyés. Lorsque les eaux se retirèrent et la terre apparut à nouveau, seules les mouettes revinrent y vivre. Jusqu’au jour où Madame Licorne et Monsieur Bûcheron, lors d’une sortie de pêche en bateau, découvrirent une île couverte d’une forêt luxuriante et peuplée uniquement d’oiseaux. Ils décidèrent de s’y installer sur-le-champ.

Monsieur Bûcheron construisit une maison sur pilotis surplombant la mer. La petite maison en bois était visible de loin. Bientôt, d’autres familles quittèrent les villes côtières pour s’installer dans des maisons à pilotis sur l’Île des Mouettes, formant un petit village animé. Madame Licorne faisait de son mieux pour créer une communauté soudée et solidaire parmi les habitants de ce morceau de terre éloigné de tout.
Après quelque temps, satisfaits de ce qu’ils avaient construit, Licorne et Bûcheron décidèrent d’avoir un enfant. Ce fut une fille et ils l’appelèrent Huenchula. 

Depuis sa jeunesse, Huenchula avait toujours aimé la mer. Après avoir épousé Millalobo, elle devint encore plus dévouée à sa mission de protection de l’environnement marin. Elle prenait soin d’assurer que l’océan puisse subvenir aux besoins de tous. Elle interdisait strictement aux pêcheurs de prendre plus de poissons que nécessaire pour leur consommation personnelle. Lorsque les hommes s’adonnaient à la surpêche, Huenchula limitait le nombre de poissons à leur disposition. Si par contre ils respectaient les océans, elle leur assurait des pêches abondantes.

Les trois enfants aidaient leurs parents à prendre soin des mers. Pincoy était un expert en botanique sous-marine. Les deux princesses servaient de messagères avec les pêcheurs, leur apportant des nouvelles sur la présence plus ou moins abondante de poissons. Pincoy accompagnait toujours ses sœurs lorsqu’elles partaient à la nage vers les villes côtières. Il en profitait pour contrôler l’état de santé de la flore marine.

Un matin, le soleil se leva un peu plus tard que la veille. En regardant par la fenêtre, Huenchula remarqua que l’eau était rouge sang. Elle pensa d’abord que c’était le soleil levant qui lui donna cette teinte bizarre. Mais elle dut se rendre à l’évidence : la mer avait bien changé de couleur. Des milliers de poissons morts flottaient sur les flots. « On a massacré les poissons ! »

Huenchula ignorait encore que ce n’étaient pas les hommes qui avaient causé ce désastre, mais un phénomène mille fois plus dangereux. Les trois enfants coururent rejoindre leur mère.
« Ce n’est pas du sang, mais une marée rouge » dit Pincoy, l’air inquiet. La température de l’eau était montée au-dessus du niveau habituel, stimulant la croissance de certaines algues de couleur rougeâtre – d’où le nom de marée rouge. Ces algues produisaient des toxines dangereuses qui avaient causé la mort des poissons. Les pêcheurs n’y étaient pour rien.

Huenchula se sentait à la fois furieuse et impuissante. Elle avait le pouvoir de régler la vie marine et l’activité humaine, mais le soleil et les autres éléments échappaient à son contrôle. L’océan montrait déjà des signes d’empoisonnement : la plage était jonchée d’algues et de poissons morts. Les pêcheurs ramassaient les poissons restants, même les plus petits, ne se doutant pas du danger qu’ils couraient s’ils consommaient des poissons intoxiqués.

Sans hésitation, Pincoya, Sirène et Pincoy se dirigèrent vers la côte à la nage pour prévenir les pêcheurs. Juste avant de rejoindre le rivage, ils remarquèrent un jeune pêcheur qui pleurait à gros sanglots, seul dans sa barque. C’était Cadin, l’arrière petit-fils de Quelin.

Pincoya s’adressa à lui : « Je comprends que tu sois fâché, mais écoute-moi : ne mange pas le poisson que tu as attrapé, car il pourrait t’empoisonner. »
Cadin secoua la tête. « Je ne pleure pas à cause des poissons, mais à cause de ma soeur, Sakin. Elle a été kidnappée par Brujo, le méchant sorcier ! »
« Encore une mauvaise nouvelle ! » se dit Pincoya. D’abord la marée rouge, et maintenant le sorcier !

Depuis des siècles, il volait régulièrement des enfants dans la région, surtout des fillettes. Il vivait sur une île mystérieuse et sombre, appelée l’Île de Brujo, dans une grotte dont l’entrée était gardée par des monstres couverts de poils qui marchaient sur une jambe et deux mains et se nourrissaient de viande de chèvre arrosée de lait de chat noir.

Selon la légende, au cours des années les enfants volés avaient été transformés par Brujo en ces monstres effrayants. Le sorcier portait une cape magique qui lui couvrait la poitrine et était attachée par des courroies qui se croisaient sur son dos nu. La cape lui conférait des pouvoirs magiques, dont il se servait pour endormir et contrôler ses victimes ou les transformer en monstres. Il était capable de voler dans les airs et savait préparer des potions toxiques, qu’il répandait dans les océans pour tuer les créatures marines.
On disait que quand il était enfant, il avait été battu et maltraité : c’était pour cela qu’il détestait les hommes.

« Il faut faire quelque chose, et vite » dit Pincoya.

« Toi, reste ici pour aider Cadin » répondit Pincoy. « Je vais prévenir les autres pêcheurs du danger de la marée rouge. »
Pincoy et Sirène s’éloignèrent à la nage, laissant leur sœur avec le jeune Cadin.  « Il faut essayer de sauver ta sœur ! C’est la seule option ! » dit Pincoya d’une voix décidée.
Cadin cacha son visage dans ses mains. Il avait peur. Il avait entendu parler de désespérés qui avaient tenté d’arracher leurs enfants des griffes de Brujo. Ils n’étaient jamais revenus. Mais après quelques minutes de réflexion, Cadin hissa son ancre et la posa au fond du bateau.
« D’accord. Allons-y ! »
Tirant le bateau de Cadin derrière elle, Pincoya traversa la mer à toute vitesse, en faisant moutonner les vagues de chaque côté de la proue. Elle coupa sans peine à travers les courants puissants qui entouraient l’Île de Brujo.

Pincoya tira le bateau sur le sable. De nombreuses baleines gisaient, échouées sur la plage. Il s’agissait d’une espèce protégée, le Rorqual boréal. Pincoya se jeta sur l’une d’elles en sanglotant. Elle soupçonnait Brujo d’être la cause de l’échouage des baleines en provoquant des marées noires et d’autres catastrophes pour détruire la vie dans l’océan.

« Comment peut-on être aussi cruel et méchant ? » s’écria-t-elle, entre deux sanglots. Tandis que Pincoya essayait de sauver les baleines, Cadin partit à la recherche de la grotte de Brujo.
Il trouvait l’île très belle : le rivage était parsemé d’énormes rochers et de petites criques sablonneuses surmontées d’immenses falaises. Après avoir longé le rivage pendant plusieurs heures, il aperçut au loin la silhouette d’une épave.
« Cela doit être le célèbre navire fantôme, le Caleuche, se dit-il. Peut-être qu’en grimpant dessus, j’apercevrai l’entrée de la grotte. »

Cadin trouva une corde et réussit à se hisser sur le pont du bateau. De cet endroit, l’air qui l’enveloppait semblait plus froid, presque sinistre. Il aperçut un escalier qui descendait sous le pont. Il décida d’enquêter.
Avançant à tâtons à travers les couloirs sombres du navire, il arriva finalement devant une porte fermée. Il tourna la poignée et entra. Ses yeux mirent quelques instants à s’habituer à l’obscurité. Ce qu’il vit alors le glaça d’effroi : la cale étaient pleine de cercueils empilés les uns sur les autres, par centaines. Les mains tremblantes, il souleva le couvercle du cercueil le plus proche : les os qu’il contenait étaient trop grands pour être ceux d’un humain.
Effrayé, il laissa retomber le couvercle. Il remarqua alors le mot « mammouth » gravé dans le bois. Des inscriptions semblables figuraient sur les autres cercueils : « dodo », « rhinocéros noir d’Afrique occidentale », « crapaud doré » et ainsi de suite.

C’était un cimetière des animaux disparus de toutes les époques !
Cadin tremblait de peur. En quittant la cale, il remarqua un dernier cercueil de grande taille. Elle portait l’inscription « habitants de l’Île des Mouettes. »

Ce qu’il vit alors le glaça d’effroi : la cale étaient pleine de cercueils empilés les uns sur les autres, par centaines. Les mains tremblantes, il souleva le couvercle du cercueil le plus proche : les os qu’il contenait étaient trop grands pour être ceux d’un humain.
Effrayé, il laissa retomber le couvercle. Il remarqua alors le mot « mammouth » gravé dans le bois. Des inscriptions semblables figuraient sur les autres cercueils : « dodo », « rhinocéros noir d’Afrique occidentale », « crapaud doré » et ainsi de suite.
C’était un cimetière des animaux disparus de toutes les époques !
Cadin tremblait de peur. En quittant la cale, il remarqua un dernier cercueil de grande taille. Elle portait l’inscription « habitants de l’Île des Mouettes. »

Cadin grimpa l’escalier aussi vite que possible pour se retrouver à l’air libre sur le pont. La colère avait remplacé la peur dans son esprit. « Non seulement ce Brujo kidnappe les enfants, mais en plus il pollue les eaux et il provoque de graves changements climatiques qui tuent des populations entières d’animaux », pensa-t-il.

C’est alors qu’il aperçut une tour au loin, située près du centre de l’île. Peut-être qu’il y trouverait quelqu’un ? Il sauta sur la plage et se mit à marcher rapidement vers la tour, les sens aux aguets. Il arriva bientôt au pied de la tour. Elle était trouée de centaines de fenêtres, disposées en spirale jusqu’au sommet. Certaines fenêtres étaientgrand ouvertes, alors que d’autres avaient les volets clos. Quelque part dans la tour, une jeune fille chantait.

Cadin leva les yeux et l’aperçut finalement : elle était accoudée à une fenêtre ouverte et laissait pendre ses cheveux par-dessus le rebord. Elle les portait en queue de cheval, car ils n’étaient pas assez longs pour en faire une natte. Cadin la reconnut aussitôt : c’était son amie Raiponcelle.

Elle avait disparu quelques semaines avant sa sœur. Il vit alors qu’il y avait une fillette à chaque fenêtre. Il scruta leurs visages, mais aucune ne ressemblait à Sakin. Il était prêt à renoncer lorsqu’il entendit une voix derrière lui : « Cadin ! »

C’était Quelin. Cadin était tout content de retrouver son arrière-grand-père dans ce lieu abandonné et sinistre. « Je croyais que ma soeur Sakin avait été kidnappée par Brujo. Mais elle n’est pas ici » dit Cadin, découragé.
A ce moment précis, il entendit une voix qui l’appelait. Il leva le regard et aperçut Sakin qui se penchait de l’une des fenêtres dont les volets avaient été fermés. « Aidez-moi ! »
 

Cadin fit mine de grimper aux murs de la tour, mais son arrière-grand-père l’attrapa par le bras pour le retenir. « Attention ! C’est dangereux ici… »
Ce furent les derniers mots qu’il prononça. Une énorme vague s’abattit sur eux. En même temps, à quelques kilomètres au large de l’Île de Brujo, dans la péniche de Petit Cochon Bleu, Ruby, les trois Cochons et Petite-Oreille voguaient à la recherche de Petit Chaperon.

En quittant la maison de grand-mère Rose après l’explosion de la mine terrestre, Ruby et les trois Petits Cochons étaient tombés nez à nez avec un éléphant qui ressemblait à s’y méprendre à Tusker, mais en plus petit.
Assis sur le chemin, il pleurait pitoyablement. Entre deux sanglots, il leur dit qu’il s’appelait Petite-Oreille et qu’il cherchait un éléphant du nom de Tusker. même à la recherche du petit Chaperon Rouge et des trois Vieux Cochons, qui ont disparu eux aussi ! » Petite-Oreille accepta immédiatement.
Arrivée au bord du lac, la troupe embarqua à bord de la péniche de Petit Cochon Bleu. Petite-Oreille s’installa à l’arrière, faisant pencher périlleusement l’embarcation.
Ils levèrent l’ancre et prirent la direction de la mer. « Chaperon Rouge ! Cochons ! Tusker ! » criaient-ils.

Personne ne répondit. Une fois en pleine mer, la houle se leva. Les vagues se creusaient. Soudain, une dernière vague aussi haute qu’une maison déferla sur la péniche. « AHHHHHHHHHH ! » crièrent Ruby, et les trois Petit Cochons. Petite-Oreille poussa un barrissement effrayé.
La vague balaya l’Île de Brujo, emportant tout sur son chemin. En se retirant, elle déposa la péniche de Petit Cochon Bleu sur le rivage. Tout autour, c’était un spectacle de désolation : des arbres déracinés, des réverbères pliés à angle droit, des jeunes filles en pleurs qui cherchaient désespérément leurs compagnes sous des monticules de débris.


Petit Cochon Taupe, que les ouragans terrifiaient, sauta du bateau et courut creuser un trou pour s’y cacher. On ne voyait que ses pattes de derrière et sa queue dressée. « C’est elle ! C’est Petit Chaperon Rouge ! » s’exclama Ruby, en voyant au loin une personne vêtue d’une cape rouge. Petit Cochon Taupe sortit la tête de son trou, sa peur oubliée. Ruby s’élança vers sa fille, pleine d’espoir. Mais quand elle arriva à sa hauteur, elle s’arrêta net : ce n’était pas petit Chaperon Rouge, mais le vieux Quelin, qui avait remonté la capuche de son pull sur la tête. Ruby éclata en sanglots.
« Je suis réellement désolé ! » dit Quelin.
« Ce n’est pas de votre faute, dit Ruby. Je voulais tellement revoir ma fille que j’ai cru la reconnaître ! »
« Petit Chaperon Rouge n’est pas ici » dit Quelin. « Maintenant il faut partir : c’est trop dangereux ici. Emmenez ces jeunes filles avec vous dans la péniche. Je vais aller chercher les autres. »

En se tournant vers Cadin, il ajouta : « Toi aussi, va te mettre à l’abri. Je ne quitterai pas l’île avant de trouver ta sœur. »
Cadin embrassa son arrière-grand-père. Il savait qu’il tiendrait parole. Quelin regarda le jeune garçon monter à bord de la péniche avec les autres. L’embarcation, surchargée, semblait sur le point de chavirer. Mais c’était quand même plus sûr que de rester sur l’île.

Quelin fit au revoir de la main jusqu’à ce que la péniche disparaisse à l’horizon. A ce moment-là, il remarqua un bateau au lointain, dont la silhouette lui semblait familière. Espérant se tromper, il regarda avec ses jumelles.
Impossible de se tromper : c’était bien le Caleuche, le navire fantôme, avec Brujo à la barre. Pendant ce temps, Reine de Bambou et Baba Yaga poursuivaient leur voyage sur l’océan. Mais le bateau avait dérivé. Elles avaient beau scruter l’horizon, aucune terre en vue !

Épuisées et désespérées, elles avaient fini par s’assoupir. Reine de Bambou se réveilla soudain en entendant crier son nom. Elle se leva et vit avec surprise les visages familiers des trois Petits Cochons et de Ruby qui se penchaient de la fenêtre de la péniche.
Comme ils étaient heureux de se revoir ! C’était décidé : ils poursuivraient leur voyage ensemble à la recherche de leurs amis disparus. Ils auraient largement le temps de se raconter leurs aventures en route.

Screen Shot 2016-11-07 at 10.28.15 AM.png