Fairy Tales for a Fairer World

CONTES DE FÉES POUR UN MONDE MEILLEUR - CUENTOS DE HADAS PARA UN MUNDO MÁS JUSTO - 讲述童话故事 创造一个 更公平的世界 - كان يا ما كان في أفضل الأزمان - СКАЗКИ ДЛЯ ЛУЧШЕГО МИРА - ΠΑΙΔΙΚΑ ΠΑΡΑΜΥΘΙΑ ΓΙΑ ΕΝΑΝ ΔΙΚΑΙΟΤΕΡΟ ΚΟΣΜΟ - BAŚNIE I DZIWY BY ŚWIAT BYŁ SPRAWIEDLIWY

In the Storybook, classic characters take on new adventures in the setting of traditional fairy tales from around the world, whilehighlighting issues such as climate change, epidemics, displacement, and inequality


Chap-8_L-ombre.png

Maintenant que grand-mère Rose était en meilleure santé et avait repris des forces, Scarlett se décida à partir. Ses amis avaient besoin de son aide. Elle se mit donc en route vers le pays de Prince Aladin. Elle flânait dans le souk le plus animé lorsqu’elle sentit une tape sur l’épaule. Quelle surprise ! C’était son ami Quelin. Il était venu tout droit de l’Île de Brujo sur son radeau.

« Scarlett, je savais que je te trouverais en train de faire des courses au marché » déclara Quelin en riant. Ils partirent ensemble à la recherche du reste de la troupe.

Pendant ce temps, Vieux Lad et ses compagnons de voyage étaient restés au bord de la crevasse. « Impossible de la traverser, elle est trop large » déclara Vieux Lad. « Heureusement que nous sommes là » dit alors une voix derrière eux.

C’était Scarlett et Quelin !

« Nous avons commencé ce voyage avec vous et nous allons le terminer avec vous, déclara Scarlett. Avant mon départ de la Vieille Maison, Raiponce m’a donné un cadeau. Il est temps de s’en servir. » Sur ce, elle baissa son capuchon rouge, défit son chignon, et déroula la longue tresse de Raiponce. Tous applaudirent. Ils allaient enfin pouvoir traverser la crevasse.

Cadin fit tournoyer la tresse trois fois au-dessus de sa tête et la lança aussi loin que possible de l’autre côté de la crevasse. Elle s’accrocha sur une souche. Cadin fixa l’autre extrémité de la tresse de Raiponce à un rocher pour en faire une corde raide.

« Nous allons traverser un par un, puis nous cacher derrière ces rochers » dit Cadin.

Se tournant vers les anciens, il ajouta : « Essayez de distraire l’ombre qui se cache dans la grotte. Pendant ce temps, nous essayerons de l’attraper. »
Personne n’ayant de meilleure idée, le plan de Cadin fut adopté. Un par un, les aventuriers traversèrent la crevasse sur la natte de Raiponce.
Arrivés près de la grotte, Aladin et Cadin entendirent quelqu’un siffler une mélodie douce et gaie. A cet instant, l’ombre se leva. Elle était immense. « Serait-ce le fameux magicien ? » chuchota Prince Aladin.

L’ombre glissa le long du mur de la grotte et se dirigea vers la sortie. Le personnage qui émergea en plein jour avait une jambe de bois. Il portait un panier à la main et de l’autre, il traînait un cercueil plein d’ossements.

« C’est Brujo ! » s’exclama Cadin, horrifié et confus.
Entre-temps, Princesse de Bambou les avait rejoints. Elle remarqua : « Regardez, il a une jambe en bois ! C’est sans doute lui qui a marché sur la mine qui a explosé dans la Forêt Rouge. »
 
« Cela n’a aucun sens. Pourquoi Brujo était-il dans la Forêt Rouge ? » demanda Cadin.

Sur ce, Brujo plongea sa main dans son poncho et sortit la lampe. Il commença à la frotter tout en chuchotant. Le génie glissa du bec de la lampe, puis une fumée commença à se former, avant de se répandre autour de Brujo. La fumée était de plus en plus épaisse. Les trois amis ne voyaient plus rien.

POUF!

Le nuage se dissipa. A la place de Brujo se tenait… le Petit Chaperon Rouge !

Avec une différence importante : la petite fille avait une jambe en bois. Cadin et le Prince Aladin la regardèrent bouche bée tandis qu’elle s’avançait enboitillant vers le cratère. Est-ce que la lampe avait eu le pouvoir de changer Brujo en Petit Chaperon Rouge ? Et si c’était le cas, pourquoi diable Brujo aurait-il fait une chose pareille ?

Cadin et le Prince Aladin ne la quittaient pas des yeux. Elle posa son panier à côté de la cage où était enfermé Tusker et se tourna vers le génie.

« Bien ! Je suis prête » dit-elle.

« Comme vous voudrez » soupira le génie.

Puis, la toisant avec autorité, il ajouta : « En jetant ce sort, vous détruirez tout ce dont les êtres humains ont besoin pour vivre. Et l’humanité poussera son dernier souffle. » Le génie s’arrêta un moment avant de poursuivre: « Maintenant, posez dans le cratère un ingrédient symbolisant chacun des besoins, selon la recette que je vous ai donnée. »

« Et quand j’aurai tout mis dans le cratère, la planète sera détruite ? » demanda Petit Chaperon avec un air mauvais.

« Oui, la planète et tous ceux qui y habitent seront détruits, sauf vous. Vous régnerez seule sur le monde. »

Petit Chaperon se frotta les mains avec excitation. Elle ouvrit son panier et en sortit les objets qu’elle avait collectés, un par un. En premier, elle posa dans le cratère la colonie d’abeilles qui était tombée de l’arbre de Petit Cochon Vert.

« Sans abeilles, pas de pollinisation, et sans pollinisation, pas de fruits et de légumes ! » Petit Chaperon consulta sa liste.

« Sol fertile, dit-elle. Sans sol fertile rien ne pousse ! »

Elle ramassa une poignée de terre sèche sur laquelle il n’avait pas plu depuis des jours, et le jeta dans le cratère. « Logement. Sans logement, pas de sécurité ! »  Elle se dirigea vers les cochons. Ils hurlèrent de peur. Petit Chaperon saisit Cochon Grognon 2 par la patte mais il se débattit si fort qu’elle fut forcée de lâcher prise. Elle décida de passer à l’élément suivant sur sa liste et d’ajouter les cochons plus tard.

« Stabilité climatique. Il a suffi d’une terrible inondation pour exterminer tous les habitants de l’Île des Mouettes » ricana-t-elle.

Petit Chaperon traîna le cercueil jusqu’au bord de la crevasse, ouvrit le couvercle et versa les ossements dans le trou. « Au suivant : l’éducation. » Elle sortit des livres de physique de son panier et les jeta sur la pile qui commençait à se former au fond du cratère.

« Air pur. » Elle ramassa la lampe, qu’elle avait posée par terre, devant elle, et la caressa en prononçant ces mots : « Génie, sors de là et remplis l’air de fumée ! »
Un immense nuage de pollution rempli l’air. Cadin, Aladin, Princesse de Bambou et les animaux prisonniers se mirent à tousser de façon incontrôlée.

« Maintenant, l’argent ! » Petit Chaperon fixa le lion, puis les défenses de Tusker. « C’est à votre tour de passer à la marmite… Génie, j’ai besoin de ton aide ! »

Pendant que les jeunes observaient cette scène, les anciens franchissaient péniblement la crevasse sur la natte de Raiponce. Vieux Lad fut le dernier des aînés à traverser. Ses amis l’attendaient anxieusement de l’autre côté du ravin en criant des mots d’encouragement. Il était presque arrivé lorsque le nuage de pollution le fit tousser. Il essaya d’étouffer le bruit de sa toux. La corde vacilla.

« Ne regarde surtout pas en bas » chuchota Ruby.

« Vite, lance-moi ta bouteille d’oxygène ! » ordonna Quelin.

Vieux Lad lui lança la bouteille. Malheureusement, il était myope et au lieu d’atterrir dans les mains de Quelin, la bouteille tomba sur le sol rocailleux.

CLING CLANG BANG

Petit Chaperon tourna la tête : « Qu’est-ce que c’est que ce bruit ? »

Les anciens se figèrent. Vieux Lad s’accrocha à la natte. Ses mains et ses jambes commencèrent à trembler. Petit Chaperon s’approcha et les toisa d’un air méchant : « Voyons, voyons, qu’avons-nous là ? Des héros venus sauver leurs amis d’une mort certaine ? »
Elle sortit un couteau de sa poche. Rapide comme l’éclair, elle coupa la tresse. Vieux Lad disparut au fond de la crevasse.

« NOOOOOOOON ! » cria Prince Aladin en sortant de derrière le rocher ou il s’était caché.

Petit Chaperon fit volte-face. « Vous n’êtes donc pas venus seuls, les vieux ! Génie, enferme-les tous dans les cages ! »
Prince Aladin s’empara de la bouteille d’oxygène de Vieux Lad, ouvrit grand la valve et fit rouler la bouteille par terre en direction de la lampe, d’où sortait toujours une épaisse fumée noire. La bouteille vint s’arrêter à côté de la lampe et libéra un flot d’oxygène. Le nuage de pollution se dissipa instantanément.

Petit Chaperon était rouge de rage. Sa colère gonflait aussi dangereusement qu’un feu de forêt. Il fallait agir vite pour empêcher une déflagration.
Princesse de Bambou brandit sa tige de bambou porte-bonheur au-dessus de sa tête comme une épée de samouraï. Puis, d’un coup sec, elle frappa Petit Chaperon si fort qu’elle sortit de ses petites chaussures rouges, vola en l’air et retomba face contre terre. Prince Aladin était très impressionné. Petit Cochon Vert courut aussitôt ramasser les abeilles mourantes éparpillées au fond du cratère et les remis délicatement dans la ruche, une par une. Pendant ce temps, Petit Cochon Bleu et Petit Cochon Taupe s’employaient à libérer les trois vieux Cochons.
Mais Petit Chaperon les devança. « Génie, jette ces petits cochons dans une cage et jette tous les animaux dans le cratère ! »

La lampe se remit à fumer. Le génie poussait les cages de Tusker et du lion vers le cratère. Pendant tout ce temps, Cadin était resté caché derrière un rocher. Il tremblait de peur. Il n’avait qu’une envie, s’enfuir loin de là. Alors il se rappela, qu’il avait éprouvé
la même peur lorsque Pincoya avait proposé de l’emmener à l’Île de Brujo pour retrouver sa soeur. Mais il y était allé quand même : il suffisait de faire le premier pas. Prenant son courage à deux mains, Cadin se précipita vers le cratère pour empêcher le génie d’y jeter ses amis.

« Que fais-tu, malheureux ? » s’écria Quelin. « Le génie est bien trop fort ! »

Petit Chaperon laissa échapper un rire méchant. « Continue comme ça, Génie. Encore un effort ! » C’en était trop pour Petite-Oreille.

Baissant la tête, il chargea, trompe levée. « Assez ! » cria-t-il.

Et il donna un grand coup de trompe sur le mélange fumant au fond du cratère, qui se mit aussitôt à bouillonner. Des étincelles apparurent, suivies d’un sifflement inquiétant. Il y eut un moment de calme, puis on entendit une énorme explosion. Un nuage en forme de champignon s’éleva et plana un instant au-dessus du cratère, avant de disparaître, aspiré dans le vide, emportant le génie et la lampe avec lui.

La troupe des voyageurs s’assit au bord de la crevasse. Devant eux, le désert s’étendait à perte de vue. Princesse de Bambou attira l’attention de Prince Aladin vers un objet dans le ciel. C’était Vieux Lad, juché sur sa malle volante, qui approchait à grande vitesse. Prince Aladin courut vers son arrière-grand-père pour lui annoncer la bonne nouvelle : « La lampe a été détruite ! »
Vieux Lad leva le poing en signe de victoire. « Génial ! »

Petit Chaperon était prostrée, la tête entre les mains. « Comment ai-je pu devenir si destructrice ? Tout a commencé quand j’ai décidé d’acheter un cadeau pour grand-mère Rose. Comme vous le savez peut-être, grand-mère aime accompagner tous ses repas de sauce. Quand j’ai vu ce magnifique saucier sur un site Internet, je n’ai pas pu résister : je l’ai acheté. Le lendemain, je suis allée le chercher au bureau de poste du quartier. Il était dans une belle boîte en verre. J’étais comme hypnotisée. Je me suis arrêtée en chemin pour le sortir de sa boîte et l’astiquer avec ma cape. » Elle se tut.

« Et alors, que s’est-il passé ? » demanda Scarlett.

« Je ne me souviens plus de rien après ce moment-là » répondit Petit Chaperon, tristement.

Vieux Lad expliqua : « C’est la malédiction de la lampe. Dès que son propriétaire la tient dans les mains, il est envahi de désirs égoïstes et cruels. C’est pourquoi je l’ai enfermée dans une boîte en verre. »

Le Prince Aladin dit : « J’ai été si stupide. Mon père était déjà très malade quand il m’a donné la lampe. Il luttait pour former des phrases cohérentes. Il m’a dit que la lampe était très puissante et devait être utilisée avec précaution et il m’a recommandé de la conserver dans la boîte en verre. Je pensais qu’il divaguait... J’ai toujours cru qu’il s’agissait d’un saucier et non d’une lampe ! Heureusement, rien de néfaste ne s’est passé sous mon règne, car je ne l’ai jamais retirée de sa boîte. Mais je n’ai pas non plus utilisé ses pouvoirs pour faire le bien. »

La Reine de Bambou prit la parole : « Petit Chaperon a été dépassée par les pouvoirs maléfiques de la lampe. Elle s’est servie du génie pour prendre l’apparence de différents méchants, afin de détruire le pays et régner sur le monde. La légende disait vrai.

Le pouvoir de la lampe a grandi. Si nous ne l’avions pas arrêtée, elle aurait tout détruit. »
Le silence tomba sur toute la petite troupe. Ils réfléchissaient à ce qui venait de se passer. Finalement, les six cochons se levèrent et attachèrent la ruche à la branche d’un arbre. « Maintenant, chères abeilles, vous êtes libres de voler où bon vous semble » dit Petit Cochon Vert.

Cochon Sage se caressa les poils du menton pendant un bon moment avant de s’adresser ainsi à ses amis : « Il y a quelques jours, nous sommes partis en mission. Nous en avions assez que les catastrophes de notre époque aient encore tant de conséquences néfastes aujourd’hui. Nous savions que si nous voulions assurer une vie meilleure à nos arrière-petits-enfants et nos arrière-arrière-petits-enfants, c’est maintenant qu’il faut agir. Car l’histoire ne se répète pas, elle empire. » Il se tourna alors vers Aladin, Bambou, Cadin, Petite-Oreille et les trois Petits Cochons.

« Pendant ce voyage, nous avons vu des choses terribles et vécu des expériences effrayantes. A plusieurs reprises, nous avons eu envie d’abandonner et de rentrer chez nous. Nous nous imaginions en héros. Mais en fait c’est vous, les jeunes, qui nous avez sauvés ! »

Les anciens applaudirent le discours de Cochon Sage. Tout est bien qui finit bien : la lampe avait été détruite et tout le monde était sain et sauf.
Tusker et Petite-Oreille levèrent la trompe vers le ciel et entonnèrent ensemble un chant dans la langue des éléphants. Soudain, des nuages apparurent dans le ciel. Une première goutte tomba sur le sol sec, puis une autre, et une autre encore. Il pleuvait de plus en plus fort.

Tous, jeunes et vieux, célébrèrent le retour de Pluie. Les éléphants promirent de ne plus être aussi arrogants : ils avaient compris qu’ils ne pouvaient pas vivre sans la pluie. Les rires fusaient. Les trois Vieux Cochons essuyèrent une larme.
Finalement, Baba Yaga dit :« Bravo ! Aujourd’hui, nous avons écrit une nouvelle page de l’histoire. Un nouvel avenir peut commencer. Mais maintenant, c’est l’heure de rentrer. »

Elle claqua des doigts et la Vieille Maison apparut, portée par les jambes de poulet magiques de la sorcière. Toute la petite troupe s’engouffra dans la maison, où ils retrouvèrent leurs amis avec joie. Puis la maison fit demi-tour et se dirigea vers la Vieille Ville.